Verdict Rapide & Contexte Belge
Si vous cherchez le livre incontournable de cette année en Belgique, arrêtez tout : c’est lui. Fraîchement couronné du Prix Médicis 2025, le dernier opus du maître de l’autofiction n’est pas seulement un roman, c’est une déflagration intime et géopolitique. À Bruxelles, de la Place Flagey aux allées chics du Sablon, on ne parle que de ça. Pourquoi ? Parce qu’au-delà du deuil d’une mère (la célèbre Hélène Carrère d’Encausse), l’auteur dissèque avec une lucidité chirurgicale l’aveuglement de l’Europe — et de sa propre famille — face à la Russie de Poutine. C’est brillant, parfois cruel, et absolument nécessaire.

L’Objet du Désir : Kolkhoze
À quoi ça ressemble ? Fidèle à la sobriété légendaire des éditions P.O.L, la couverture arbore ce graphisme minimaliste que les lecteurs belges connaissent bien : le célèbre logo au point géométrique, sur fond blanc crème, avec une typographie noire et bleue, austère et élégante. Un objet qui pèse son poids (560 pages tout de même), promettant des heures de lecture au coin du feu ou dans un café bruxellois un jour de pluie.
Le Pitch (Sans Spoiler) Tout commence par une fin. Celle d’Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel de l’Académie française, décédée en 2023. Autour de son lit de mort, la famille se resserre, formant ce que l’auteur appelle ironiquement un « kolkhoze » : une unité collective forcée, soudée par l’épreuve. Mais très vite, le récit explose les murs de la chambre d’hôpital. L’écrivain remonte le fil du temps, traversant le XXe siècle, de l’émigration russe aux salons parisiens, pour atterrir brutalement dans notre présent : la guerre en Ukraine. C’est l’histoire d’une femme puissante qui a tout vu de la Russie, sauf peut-être l’essentiel sur la fin. C’est aussi, et surtout, le règlement de comptes (amoureux) d’un fils avec l’ombre écrasante de sa mère et avec ses propres démons russes.
Fiche Technique
- Titre : Kolkhoze
- Auteur : Emmanuel Carrère
- Éditeur : P.O.L
- Date de parution : 28 août 2025
- ISBN : 978-2-8180-6198-5
- Prix indicatif Belgique : 24,00 € (format papier) / 16,99 € (ebook)
Analyse : Pourquoi la Belgique adore (et dévore) ce livre
1. L’Écho Bruxellois
La Belgique, carrefour de l’Europe et terre d’accueil de nombreuses diasporas, résonne particulièrement avec les thèmes de l’exil et de l’identité fragmentée. Dans Kolkhoze, on retrouve cette quête perpétuelle d’appartenance. Les lecteurs belges, souvent polyglottes et au fait des tensions européennes, sont captivés par la manière dont le romancier mêle la petite histoire (les secrets de famille, les non-dits bourgeois) à la Grande Histoire qui se joue à nos portes, à l’Est.
2. Le Style « Carrère » : Un scalpel dans la plaie
Si vous avez aimé Limonov ou Le Royaume, vous retrouverez ici cette voix inimitable. Il ne cherche pas à être aimable ; il cherche à être vrai. Il y a quelque chose de vertigineux à le lire admettre ses propres lâchetés ou pointer celles de sa mère, cette « tsarine » des lettres françaises qui s’est trompée sur Poutine.
« Cette nuit-là, rassemblés tous les trois autour de notre mère, nous avons pour la dernière fois fait kolkhoze. » Cette phrase, qui revient comme un leitmotiv, capture l’essence du livre : la famille comme un système totalitaire miniature, avec ses règles, ses purges et sa solidarité obligatoire.
3. Anecdotes de Lecteurs Belges
Nous avons traîné nos guêtres chez Filigranes et écouté les conversations.
- Marc, 45 ans, Etterbeek : « J’avais peur d’un livre trop intello. Finalement, j’ai pleuré deux fois. La scène de la mort est d’une dignité incroyable, et le passage sur la Géorgie donne envie de prendre un billet d’avion immédiat. »
- Sophie, 32 ans, Liège : « C’est fascinant de voir comment il déconstruit le mythe de sa mère sans jamais l’abîmer totalement. C’est un livre sur le pardon, mais un pardon lucide, sans illusions. »

Faits Marquants & « Le Saviez-vous ? »
- Le titre mystérieux : Pourquoi « Kolkhoze » ? Le terme désigne les fermes collectives soviétiques. Ici, c’est une métaphore de la famille resserrée autour de la matriarche mourante, fonctionnant comme un organisme unique, presque soviétique dans son organisation émotionnelle.
- La polémique Poutine : Une grande partie du livre interroge l’aveuglement d’Hélène Carrère d’Encausse face à la dérive autoritaire russe. L’auteur ne l’épargne pas, montrant comment l’amour de la « Grande Russie » peut parfois rendre myope face à la tyrannie actuelle.
- Le doublé manqué ? Le livre était pressenti pour le Goncourt 2025 (remporté par Laurent Mauvignier), mais le Prix Médicis est sans doute une récompense plus ajustée à la singularité et à l’audace formelle de l’œuvre.
Où acheter « Kolkhoze » en Belgique ?
Ne donnez pas votre argent à un géant américain sans âme ! Voici nos adresses coups de cœur pour vous procurer ce bijou tout en soutenant nos libraires :
- Librairie Filigranes (Bruxelles) : L’institution de l’Avenue des Arts. Idéal pour feuilleter le livre avec un verre de vin au café intérieur. Ils ont souvent des piles immenses des nouveautés P.O.L.
- Tropismes (Galeries Royales Saint-Hubert) : Pour acheter ce livre dans le plus beau décor de Belgique. L’ambiance feutrée colle parfaitement au style littéraire exigeant de l’ouvrage.
- Librairie Molière (Charleroi) : Une référence en Wallonie. Le rayon littérature française y est géré par des passionnés qui sauront vous conseiller d’autres lectures complémentaires.
- Cook & Book (Woluwe-Saint-Lambert) : Achetez-le dans l’espace littérature et commencez à le lire immédiatement dans l’une des zones thématiques démentes du magasin.
- Fnac Belgique (En ligne ou en magasin) : L’option pratique si vous êtes pressé ou si vous voulez vérifier la disponibilité en temps réel via le Click & Collect.
Conseil pro : Vérifiez le stock en ligne avant de vous déplacer, le Prix Médicis a provoqué une rupture de stock temporaire dans certaines petites enseignes début novembre !
Mini-Bio : Qui est Emmanuel Carrère ?
Né en 1957 à Paris, Emmanuel Carrère n’est pas un écrivain comme les autres. Fils de l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse (au cœur de ce livre, donc), il a d’abord tâté de la critique cinéma avant de se lancer dans le roman (La Moustache). Mais c’est avec L’Adversaire (2000) qu’il trouve sa véritable voie : la « non-fiction novel ». Il ne s’agit plus d’inventer, mais de raconter le réel avec les outils du romancier. Que ce soit en suivant un tueur mythomane, en retraçant la vie de Philip K. Dick, ou en explorant les origines du christianisme (Le Royaume), il met toujours en scène sa propre enquête, ses doutes et ses névroses. Avec Kolkhoze, il boucle une boucle entamée avec Un roman russe (2007), livre qui avait causé une brouille durable avec sa mère. Aujourd’hui, il lui offre le plus beau et le plus terrible des tombeaux.
Pourquoi ce livre marquera 2025
Nous sommes à une époque où la vérité est malmenée, où l’histoire est réécrite par les vainqueurs ou les dictateurs. Ce récit arrive comme un rempart. Il nous rappelle que la littérature a un pouvoir que la politique n’a pas : celui de la nuance. En Belgique, pays de compromis et de complexité, ce message passe cinq sur cinq.
L’ouvrage ne se contente pas de raconter une famille ; il raconte notre Europe fatiguée, nos fascinations coupables pour l’Est, et la difficulté d’aimer ses parents quand l’Histoire s’en mêle. C’est dense, c’est parfois dur, mais c’est une lecture qui vous élève.
Si vous devez n’en lire qu’un cette année, faites confiance au jury du Médicis. Faites confiance aux libraires belges. Plongez dans ce Kolkhoze.

