C’est le nom qui a fait vibrer toute la Belgique littéraire en cette année 2025. Si vous passez régulièrement la porte de votre librairie de quartier – que ce soit chez Tropismes à Bruxelles ou chez Livre aux Trésors à Liège –, impossible d’être passé à côté du phénomène. Cette année marque un tournant, ou plutôt une consécration définitive, pour celle qui écrit depuis la lisière des bois et des villes. Alors que le mois de novembre 2025 nous a tenus en haleine avec un suspense insoutenable autour du Prix Goncourt, où son dernier roman a frôlé la victoire (4 voix contre 6, on y a cru jusqu’au bout, non peut-être !), il est temps de se poser. Qui est vraiment cette figure incontournable de nos lettres ? Pourquoi son œuvre, à la fois sauvage et chirurgicale, résonne-t-elle si fort chez nous ?

2025 : L’année de toutes les lumières
On savait l’écrivaine appréciée, respectée, lue avec ferveur. Mais 2025 a changé la donne. Avec la sortie en août de Le Bel Obscur aux éditions du Seuil, la romancière a franchi un cap de popularité et de reconnaissance critique qui dépasse nos frontières. Finaliste du Goncourt, en lice pour le Goncourt des Lycéens, elle est partout : sur les ondes de la RTBF, en couverture du Vif, et invitée d’honneur au B3 à Liège. Ce n’est pas seulement le succès d’un livre, c’est la célébration d’une carrière cohérente, exigeante, qui n’a jamais cédé à la facilité. En Belgique, on a senti ce frisson collectif : la fierté de voir une plume de chez nous, si singulière, si « intense », tenir la dragée haute aux ténors parisiens. Bref, si vous n’avez pas encore un de ses livres sur votre table de chevet, c’est le moment de vous y mettre. Allez, on vous fait le topo complet.
Portrait : Entre ombre et lumière, la dame de la lisière
Née à Liège en 1955, Caroline Lamarche (1) a ce parcours un peu nomade qui forge les regards aiguisés. Elle passe sa petite enfance sous le soleil d’Espagne, grandit ensuite en région parisienne, avant de revenir au pays, à Liège, pour ses dix-huit ans. C’est là, dans la Cité ardente, qu’elle ancre sa vie et son imaginaire. Licenciée en philologie romane, elle enseigne, vit, observe. Mais l’écriture, la vraie, celle qui sort des tripes, prend son temps.
Ce n’est qu’au début des années 90 que la littérature fait irruption, d’abord par la poésie (L’Arbre rouge, 1991), avant le coup de tonnerre de 1996. Cette année-là, elle publie Le Jour du chien aux Éditions de Minuit. Bam ! Prix Rossel. Le ton est donné : une écriture « blanche », précise, sans fioritures, mais chargée d’une tension érotique et existentielle palpable.
La grande force de cette autrice réside dans sa capacité à habiter deux mondes. D’un côté, la nature, omniprésente, non pas comme un décor bucolique, mais comme une force vive, parfois menaçante, souvent refuge. Elle vit à la lisière de la ville et des champs, et ça se sent. De l’autre, l’intimité humaine, les secrets d’alcôve, les désirs inavouables, le corps qui exulte ou qui souffre.
On la décrit souvent comme une « écrivaine du rêve éveillé ». Elle ne raconte pas juste des histoires ; elle déploie des atmosphères. Que ce soit dans ses nouvelles (un genre où elle excelle, couronnée par le Goncourt de la nouvelle en 2019) ou ses romans, elle traque la « bête » en nous. Pas étonnant qu’elle collabore régulièrement avec des artistes plasticiens (comme Berlinde De Bruyckere) ou des metteurs en scène : son univers est visuel, tactile. En 2025, elle apparaît plus que jamais comme une femme libre, engagée (pour l’environnement, pour la cause des femmes), mais sans jamais sacrifier la littérature sur l’autel du militantisme. Son militantisme est poétique : il passe par la beauté et l’étrangeté.
Bibliographie complète : Que lire et où le trouver ?
L’œuvre est vaste, dense, mais rassurez-vous, tout est trouvable en Belgique, souvent mis en avant par nos excellents libraires. Voici le guide complet pour naviguer dans cette bibliographie foisonnante, classée par genre pour vous y retrouver.
Les Romans Incontournables
C’est souvent par là qu’on entre dans son univers. Des textes courts, percutants, qui se lisent d’une traite mais vous hantent longtemps.
- Le Bel Obscur (2025, Seuil) : Le livre de l’année. Une enquête intime et lumineuse où une narratrice fouille le passé d’un ancêtre banni tout en revisitant sa propre histoire conjugale marquée par le secret. C’est un roman sur la tolérance, la mémoire et les « familles » qu’on se choisit. [Découvrez notre avis détaillé sur Le Bel Obscur ici].
- La Fin des abeilles (2022, Gallimard) : Un récit poignant sur la perte, le deuil d’une mère, et la fin d’un monde. C’est doux-amer, terriblement lucide.
- Dans la maison un grand cerf (2017, Gallimard) : Un de ses sommets. L’histoire d’une femme qui observe un cerf dans son jardin. Une fable écologique et amoureuse qui a valu à l’autrice le Prix Triennal du roman.
- La Mémoire de l’air (2014, Gallimard) : Un texte dur, nécessaire, sur la violence faite aux femmes, racontée avec une pudeur qui glace le sang et une beauté qui répare.
- L’Ours (2000, Gallimard) : Une réécriture moderne et audacieuse de la Belle et la Bête.
- La Nuit l’après-midi (1998, Minuit) : Un petit bijou d’érotisme et de tension psychologique.
- Le Jour du chien (1996, Minuit) : Le livre culte. Six personnages, un chien errant sur une autoroute, et le destin qui bascule. Si vous ne devez en lire qu’un pour comprendre ses débuts, c’est celui-là.
Les Nouvelles : L’art de la brève
C’est peut-être là que le talent de Lamarche (2) explose le plus. Elle a le génie de la chute et de l’ellipse.
- Cher instant je te vois (2024, Verdier) : Son recueil le plus récent avant le roman de 2025. Des instantanés de vie, fulgurants.
- Nous sommes à la lisière (2019, Gallimard) : Le livre du Goncourt de la Nouvelle. Des histoires où l’animal et l’humain se frôlent, se confondent. Un chef-d’œuvre d’écopoétique.
- Mira (2013, Les Impressions Nouvelles) : Un texte hybride, magnifique.
- J’ai cent ans (1995) : Son premier recueil, déjà tout est là.
Textes Hybrides, Poésie et Jeunesse
Parce qu’elle ne tient pas en place dans une seule case, elle explore aussi d’autres territoires.
- Dix ans (2023, Cambourakis) : Avec Paul Mahoux. Un livre graphique et littéraire sur la mucoviscidose, bouleversant.
- L’Asturienne (2021, Les Impressions Nouvelles) : Une enquête familiale sur ses racines espagnoles et industrielles. Un récit documentaire passionnant pour ceux qui aiment l’Histoire.
- Tetti, la sauterelle de Vincent (2021) : Pour la jeunesse, mais pas que.
- Carnets d’une soumise de province (2004, Folio) : Un titre provocateur pour un texte d’une grande finesse sur le désir.
Disponibilité en Belgique : Bonne nouvelle, vous n’aurez pas besoin de commander sur Amazon (surtout pas !). Tous ces titres, notamment les poches (Folio, Espace Nord), sont massivement disponibles chez Club, Fnac Belgique, et surtout dans le réseau des [librairies indépendantes de Wallonie et Bruxelles]. La collection Espace Nord, notre fierté nationale, réédite régulièrement ses classiques à petit prix, souvent accompagnés de dossiers pédagogiques parfaits pour les étudiants (ou les curieux).
Réception et chiffres : La Belgique sous le charme
Parlons peu, parlons bien : qu’est-ce que ça donne côté lecteurs ? Si les chiffres de vente précis restent le secret des éditeurs (c’est pas comme le nombre de gaufres vendues à la côte, c’est plus discret), la tendance est claire : Caroline Lamarche (3) est une « long-seller ». Contrairement aux best-sellers éphémères qui cartonnent trois mois et disparaissent, ses livres se vendent sur la durée. Le Jour du chien se vend encore très bien, près de 30 ans après sa sortie !
L’effet 2025 : Depuis l’annonce de la sélection Goncourt pour Le Bel Obscur, les libraires belges rapportent une explosion des demandes. On parle d’un tirage initial épuisé en quelques semaines et de réimpressions d’urgence. C’est l’effet « fierté nationale ». Quand un auteur belge brille à Paris, ici, on se rue dessus. C’est comme pour le foot, on supporte l’équipe !
Ce qu’en disent les lecteurs belges : Sur les blogs littéraires et dans les clubs de lecture (très actifs à Bruxelles et en Wallonie), les retours sont unanimes sur un point : l’émotion.
- « Une écriture qui gratte là où ça fait mal, mais qui soigne en même temps. » — Martine, lectrice à Namur.
- « Je ne regarde plus les animaux de la même façon après avoir lu Nous sommes à la lisière. » — Thomas, étudiant à l’ULB.
- « Enfin une autrice qui parle de la Belgique, de nos paysages, sans tomber dans la caricature. »
Le Palmarès (la preuve par l’or) : Peu d’auteurs peuvent se vanter d’un tel tableau de chasse :
- Prix Rossel (le Goncourt belge).
- Prix Goncourt de la Nouvelle (le graal du genre).
- Prix Quinquennal de littérature (la consécration suprême de la Fédération Wallonie-Bruxelles).
- Prix Maeterlinck de la critique 2025 (pour son travail théâtral).
C’est simple : elle a tout gagné, ou presque. Il ne lui manquait que le Goncourt du roman, et en 2025, elle n’a jamais été aussi près. Cette « défaite » en finale a, paradoxalement, boosté sa popularité. Le public belge a souvent un faible pour le « magnifique perdant » qui méritait de gagner, ça le rend encore plus sympathique à nos yeux.

Pourquoi la lire maintenant ?
Au-delà de l’actualité brûlante, lire cette autrice en 2025 est presque un acte de santé mentale. Dans un monde hyper-connecté, bruyant, violent, son œuvre propose un pas de côté. Elle nous invite à regarder : regarder vraiment un arbre, un animal, un visage aimé ou désaimé. Elle remet de la lenteur et de la profondeur là où tout va trop vite.
Ses livres sont courts (souvent moins de 200 pages), ce qui est parfait pour nos vies pressées, mais ils sont d’une densité folle. On ne lit pas du Lamarche (4) dans le métro en scrollant sur son téléphone. On se pose, on se fait un bon café (ou une petite bière spéciale, on ne juge pas), et on plonge.
Et puis, il y a ce style. Ce français impeccable, ciselé, qui rappelle que la Belgique est une terre de grands stylistes (simenon, Michaux, et maintenant elle). Elle utilise la langue comme un scalpel de précision. Pas un mot de trop. C’est propre, c’est net, c’est du grand art.
En résumé : La fierté de nos lettres
L’année 2025 restera gravée comme celle où Caroline Lamarche (5) est devenue une icône populaire, sortant du cercle des « initiés » pour toucher le grand public. Son œuvre tisse une toile cohérente où chaque livre répond à l’autre. De la jeune femme révoltée du Jour du chien à la narratrice apaisée mais lucide du Bel Obscur, on suit une vie de femme, une vie d’écriture.
Alors, si vous cherchez le cadeau idéal pour un ami qui aime les livres « qui remuent », ou si vous voulez simplement découvrir ce qui se fait de mieux en littérature francophone actuelle, n’hésitez plus. Foncez en librairie. Et si le libraire vous dit qu’il doit le commander, patientez un peu, ça en vaut la peine, oufti !
Cette Liégeoise d’adoption nous prouve que la littérature n’a pas besoin de faire du tapage pour être puissante. Elle a juste besoin d’être vraie. Et ça, c’est précieux.

